Le rapport du 20ème Marathon des sables de 2005

ETAPE 1 10.04.05 IRHS -KHERMOU 29 km

Bonne surprise pour les 777 concurrents au départ, le terrible vent de sable de la veille avait disparu, laissant place à un beau ciel bleu et à une température clémente. Autre bonne nouvelle, Georges Schroeder, dont les bagages avaient été égarés lors de son transfert aérien, a pu se constituer un nouveau sac grâce à la solidarité des autres coureurs, et prend le départ avec un bon moral. Les coureurs, dont 75 femmes forment en effet une grande famille multiculturelle en provenance de 37 pays avec des valeurs et des personnalités très différentes. Départ donc, dans des conditions idéales, pour une étape considérée par les athlètes comme un hors d’oeuvre difficile, un peu raide pour un début, mais très beau. La première difficulté apparaît après à peine 3 km de course : une côte raide suivie d’une passe étroite qui a rapidement causé des embouteillages en pleine désert. Après le passage au JBEL DLAT EL ATROUS, les coureurs ont la joie de piétiner de nombreux stromatolithes, fossiles vieux de plusieurs milliards d’années, témoins du temps lointain où le Sahara était un océan. Au final, cette vingtième édition du MDS démarre en beauté, avec cette première étape riche en paysages, un premier contact avec le sable, et les reliefs, qu’on annonce en quantité sur le reste de l’épreuve. C’est claire, on est entré dans la course de plein pied. Du coté des Luxembourgeois tout se passe bien, nous sommes bien préparés et hyper-motivés . A l’arrivée de l’étape on s’attend, on partage le repas du soir, préparé ensemble sur le feu commun, et laisse passer revue les impressions de la journée.

ETAPE 2 KHERMOU - JEBEL EL OTFAL 37,5 km

Une étape colossale, le mot n’est pas trop fort.. 37 km à parcourir à travers un relief accidenté, qui laissera sans aucun doute des traces dans les organismes. Il y a un peu de tout : une première montée au km 3,8 , l’ascension du Jebel Hered Asfer sur lequel on longe la crête vallonnée avec une vue spectaculaire sur la vallée en contrebas. Ensuite une descente technique vers la vallée pour suivre ensuite le lit d’un Oued. 10 km de plat sur piste avec du sable mou jusqu’au CP3. Déjà on voit le mur du Jebel El Otfal, une pente de 25%, laquelle on doit grimper à quatres pattes. En arabe on appelle ca « une épreuve qui vous lave de vos pêchés ». Passés de l’autre coté de la montagne, les coureurs découvrent une descente encore plus difficile que la montée. Une pente caillouteuse, dure, ou les chutes font mal. Au pied de la descente, les coureurs s’engagent sur une série de petites dunes en franchissant enfin, très fatigués, la ligne d’arrivée. Le soir nous avons préparé une petite fête pour les 50 printemps de Pierrette. Pour terminer cette journée très dure et pleine d’émotions, Patrik Bauer nous met sous le charme d’un concert surréaliste de musique lyrique en plein désert. La nuit ne sera pas de trop pour récupérer des fatigues de cette étape monumentale, et la course ne fait que commencer..

ETAPE 3 JEBEL EL OTFAL - TALMAIDERT 41 km

Au menu de cette étape 41 km à parcourir pour un peloton mal remis des efforts de la veille. En hors d’oeuvre, une longue montée caillouteuse vers la passe de Tzi n’Guidou avant de redescendre vers le CP1. Les difficultés commencent dès le 16ème km de course lorsque les coureurs attaquent une longue série de dunes jusqu’au CP3. A ce jeu on connait les plus forts, les écarts se creusent et restent constants jusqu’à l’arrivée, située dans une vallée sablonneuse entourée de montagnes marbrées de noir. Le soir tout le monde est sous pression pour la bagarre du lendemain. Les pieds sont soignés minutieusement, on fait le plein en protéines, et la nuit ne sera pas trop longue pour récupérer, mais personne ne peut dormir vraiment, les appréhensions sont trop fortes.

ETAPE 4 TALMAIDERT OUED AHSSIA 76 km

Pour l’étape impériale, la chaleur est au rendez-vous, à 9 hrs du matin, au départ de la première vague, on mesure déjà 30° et le soleil tape sur les têtes. La 2ème vague, les 50 premiers hommes et les 5 premières femmes ne partent qu’à midi, ce qui permet à tous les participants de découvrir les joies de la course de nuit . Certains ont ainsi pu avoir la sensation grisante de mener la course, au moins pour quelques km, et de pouvoir admirer la foulée des frères Ahansal qui ont mené la course de bout en bout pour franchir la ligne d’arrivée avant la tombée de la nuit. Ils n’ont mis que 6h30 à avaler les 76 km de l’étape, et ont bien marqué leur supériorité écrasante sur la course. Du coté féminin, cette étape interminable a confirmé la hierarchie. Simone Kayser a creusé les écarts en franchissant la ligne d’arrivée plus d’une heure avant ses poursuivantes immédiates, les 2 francaises Virginie Thevenot et Isabelle Degrand. 4 concurrents qui se sont égarés autour du CP4 pendant la nuit ont été retrouvés sain et sauf au bout de plusieurs heures de recherche en hélicoptère. Gérer son temps, économiser son énergie, voici les obsessions des coureurs qui ont devant eux 34 hrs pour rallier l’arrivée. Il s’agit donc pour l’immense majorité des coureurs de mener à bout une longue étape de nuit avec toute la complexité et la magie que cette dernière implique. Malheureusement Carole Kops a du abondonner la course au CP2, elle a trop souffert des ampoules inféctées aux 2 pieds. Gusty Weibel a eu de la malchance lui aussi, d’abord une épine qui s’est enfoncée à travers la chaussure dans sa voute plantaire, ensuite il a fait une mauvaise chute. Gérard Juncker souffre énormément de sa distorsion musculaire au mollet, mais entame l’étape avec une volonté infaillible.

ETAPE 5 OUED AHSSIA - IRAOUN 42,2 km

C’est l’étape classique du marathon : 42,2 km à parcourir sous une grosse chaleur. Les coureurs ont entamé l’étape du jour par un plateau parsemé d’acacia. Un décor de savane africain pour une première partie de parcours, ensuite une longue montée caillouteuse vers le CP 2. Les coureurs descendent dans l’oued Taghbalt, empruntant son lit sec et caillouteux avec une grande partie de sable mou, dans lequel on n’arrive pas à avancer. Assez épuisés, et certains sont même déshydratés, les coureurs rallient le CP3, situé dans une oasis sablonneuse avec le village Taghbalt, un endroit magique ou les palmiers apportent une fraicheur providentielle. Seul inconvéniant : les enfants sont tellement attachants, qu’ils incomodent les coureurs. Reste l’interminable ligne droite et plate qui mène à l’arrivée, laquelle on a pu voir pendant 8 km.

ETAPE 6 IRAOUN - TAZZARINE

Tous n’ont qu’une idée en tête : voir la ligne finale, la ligne de bonheur. La dernière étape se présente donc toujours comme un sprint final. Le départ est féerique, les coureurs sont escortés par des cavaliers et des chameliers en tenue d’apparat. Dès la début de la course les 4 premiers du classement général se détachent nettement. Les marocains Lahcen et Mohammed AHANSAL, Ait AMAR et Lhoucine AKHDAR, et le francais Samuel BONAUDO, la révélation de cette édition. Ils traversent ensemble des plantations de henné, puis des zones caillouteuses farcies de fossiles, puis quelques dunes. C’est dans cette zone que les frères font le trou, motivés à l’idée d’arriver ensemble à Tazzarin .. . main dans la main et le drapeau marocain dans l’autre. Ils font le bonheur des habitants de la ville qui n’attendent que cela. Huitième victoire, donc, pour un Lahcen Ahansal plus impérial que jamais. Et troisième victoire pour Simone Kayser et son mari Marc, qui passent la ligne en valsant dans les bras l’un de l’autre, le roude Léw, drapeau luxembourg accroché bien visible au sac à dos pendant toute la course. La ligne d’arrivée, comme chaque année, donne lieu à des scènes d’émotions émouvantes. Les nerfs lâchent, et laissent libre place aux sensations trop longtemps retenues, on ne compte pas ceux qui pleurent pendant les derniers mètres, ou ceux qui poussent des hurlements libérateurs. Patrik Bauer remet à chacun sa médaille, bien méritée.

Le vingtième marathon des sables s’est achevé donc en couronnant deux champions Lahcen Ahansal (huitième victoire) et Simone Kayser (3ème victoire). Le parcours a été jugé par les participants comme très difficile. Malgré cela, à peine 46 coureurs ont abandonnés. Patrik Bauer insiste sur la mise en condition des coureurs « physiquement, techniquement et moralement, ils arrivent plus fort. Il faut préciser qu’ils sont plus informés, grace au site internet et au forum qui est crée sur le MDS. » Sur place, l’encadrement est également très proche des coureurs. Au cours des 245 km de la compétition, des médecins ont réalisé 3146 interventions, utilisé 5 km d’élastoplaste, 125 litres de désinfectant, 5300 comprimés d’antalgique et 1700 comprimés d’anti-inflammatoire.

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